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Les enjeux des hyperliens pour le journalisme
Écrit par Alexandra Sarazin   
Dimanche, 28 Mars 2010 21:29

Au delà de l’enjeu d’audience, le journalisme de liens est présenté comme  une arme pour contrer des acteurs comme Google ou Drudge dans le domaine de la diffusion de l’information. Zoom sur cette perspective…

 

Du manque de la rentabilité….

 

Les web médias existent aujourd’hui depuis suffisamment longtemps pour nous permettre de savoir si le journalisme en ligne est rentable ou non.

Selon Frédéric Filloux, freelance et consultant média, le constat est clair: le journalisme en ligne n’a pas un modèle économique viable. Ce dernier estime qu’il faudrait au minimum 8,3 millions de visiteurs uniques par mois pour uniquement rétribuer les salaires d’une rédaction de 100 individus. Et la majorité des webs médias sont loin de générer un tel trafic.

Certains sites, tels lemonde.fr, semblent pourtant tirer leur épingle du jeu. Mais selon le blog Chouingmedia, ces sites qui prétendent à une comptabilité dans le vert se voilent la face. En effet, dans leur comptabilité, les coups rédactionnels sont imputés à la rédaction papier, et non à la rédaction web, ce qui fausserait les chiffres.

 

A un nouveau modèle économique des webs médias...


Les sites de journalisme sont donc contraints à faire preuve d’imagination pour se subsidier.

Cette tendance est particulièrement illustrée dans un article de Marc Mentre, publié sur Media Trend, qui compare le secteur du journalisme en ligne avec celui de l’industrie musicale : les webs médias doivent trouver de nouvelles sources de revenus.
Rue89 par exemple, malgré ces 600 000 visiteurs, n’est pas « bankable » pour les agences de publicité. Le site fait donc appel à des alternatives telles le développement de site, la publicité, le don, le white label…

 

A qui la faute ?


Le fonctionnement particulier d’internet serait la cause de ce manque de rentabilité.

Le  blog Novovision l’explique ainsi « Google s’est installé aujourd’hui au coeur du système de distribution de l’information en ligne, et sur le versant de la recherche il est aujourd’hui dominant. C’est manifeste pour les sites de presse qui voient 50%, 60% et pour certains même 80% de leur trafic apporté par le moteur de recherche. Et celui-ci prélève au passage une partie de la manne publicitaire, au détriment des sites de presse qui ont bien des difficultés à trouver dans ces conditions un équilibre économique. Google est même le seul à avoir trouvé un véritable modèle économique rentable, après lequel tous les sites de médias courent encore. »

En résumé, le constat est simple, un internaute en quête d’information, utilise principalement les moteurs de recherche, laissant les webs médias dans une impasse économique.

Scott Karp va plus loin, en dénonçant une tendance des web medias qui consiste à abandonner leur Une éditoriale, qui faisait autrefois l’agenda de l’information, en de simple blogs, dans le cadre d’une course au référencement par Google.
Google et des agrégateurs de liens comme Drudge tiendraient donc désormais l’agenda de l’information sur le Web, et les sites web journalistiques seraient purement et simplement menacés d’extinction, voués à devenir des bases de données bien référencées pour alimenter Google.

« Voici ce que les médias traditionnels pourraient faire : s'ils sont systématiquement un bon filtre, même vers la concurrence, les gens reviendront pour ça. C'est la chose contre-intuitive du Web »

 

L’empire contre-attaque...

 


Mais Scott Karp ne se contente pas de dénoncer, il invite également les webs medias à se ressaisir et à riposter, afin de retrouver leur influence, à redevenir un point de passage incontournable dans la recherche de l’information.
Selon lui, la solution résiderait dans le journalisme de liens, et plus précisément le journalisme de liens en réseau ; et en l’abandon du modèle actuel dominé par l’Associed Press :
"Une news de l'AP est un produit, parce qu'elle est aussi publiée sur 1.000 autres sites Web. Si une news se démarque particulièrement, une page de liens vers d'autres reportages intéressants [sur cette news] apportera probablement plus de valeur au lecteur, que la news "produit" qu'ils ont déjà lu un peu partout." dit-il.

« The web, after all, isn’t really about content. It’s about connections between content, people, and ideas.»

Il défend même la thèse que si cette démarche était suffisamment développée, elle pourrait permettre une remise en cause du monopole de Google dans la distribution de l’info en ligne en replaçant les journalistes au cœur des processus de recherche de l’information par l’internaute et de recommandation de l’information.
« Le journalisme de liens en réseau combine tous les liens créés pars des journalistes de liens pour déterminer le contenu le plus important, le plus intéressant et le plus médiatique lié par des journalistes. Dans la forme la plus simple de journalisme de liens en réseau, un lien = un vote. L’article de presse qui recueille le plus de votes passe en tête. (...) C’est comme ça que fonctionnent Google et Digg, en combinant la puissance d’un grand nombre de liens.
(...) Pourquoi tant de gens vont sur Google et Digg pour cliquer sur ces liens ? Pourquoi génèrent-ils tant de trafic sur le web ?
Parce que ces liens sont déterminés par des réseaux, pas par des individus, et les réseaux sont ce qu’il y a de plus puissant sur le web.
»

Ce « vote » dont il parle, s’appelle le Page Rank, c'est « un score [affecté par Google] à chaque page Web. Cette note est attribuée en fonction de nombreux critères et principalement en fonction des liens externes (popularité de liens) pointant vers elle, ainsi que des liens qu'elle fait vers elle-même (liens internes). » source : Technoscience

En cela, on peut facilement percevoir le pouvoir qui se cache derrière les liens externes présents sur les sites webs et le blogs.
Narvic, sur le blog Novovision l’exprime ainsi : « le pouvoir de lier donne le contrôle de l’information et c’est une clé de l’audience sur internet et de sa monétisation ».
Il explique qu’il y a, d’un côté, des contenus créés par des journalistes qui ne créés pas de liens, qui sont très lus, et référencés par des blogeurs. De l’autre, Google, qui évalue les Page Rank de ces contenus en suivant les liens créés par ces mêmes blogeurs.


Ce Page Rank (pouvoir de recommandation) est, dit-il, de grande valeur mais gaspillé par les journalistes, puisque non redistribué.

Si les journalistes se mettent à redistribuer ce pouvoir de recommandation, cela pourrait fortement perturber l’algorithme de référencement de Google, toujours selon Scott Karp :
« Si les médias comme le New York Times, le Washington Post et les sites de centaines de journaux se mettent à lier très largement vers les informations et les autres contenus sur le web, sur leur page d’accueil (comme le NYT envisage de le faire) et à travers leur site, cela aura un impact très important sur l’économie du lien.
Ces médias ont été lents à réaliser comment les liens pilotent la distribution des contenus, et l’allocation de l’attention et de la ressource publicitaire. (…) Imaginez que le NYT, Washington Post, CNN, MSNBC, et tous ces autres grands sites, qui dominent toujours l’information sur le web, entrent tous dans le jeu du liens. (…) Et imaginez l’impact sur Google. »


Plus de liens :

http://www.webrankinfo.com/dossiers/google-dance/presentation-google-dance

http://novovision.fr/?Lepost-fr-le-labo-de-l-info

http://publishing2.com/2008/09/15/drudge-report-news-site-that-sends-readers-away-with-links-has-highest-engagement/

http://www.mondaynote.com/2008/09/29/the-economics-of-moving-from-print-to-online-lose-one-hundred-get-back-eight/