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Le système des dons: qui donne, qui règle? PDF Imprimer Envoyer
Quel modèle économique pour les médias en ligne?
Écrit par Joaldo Dominguez Mammarella   
Lundi, 19 Avril 2010 14:01

 

Un journal est vendu deux fois : il est vendu aux lecteurs et aux annonceurs. Un quotidien comme Le Soir n'a pas vraiment une politique de dons, mais plutôt une politique connue sous le nom de "partenariat". On n'est pas dans une logique de mécénat, on est dans une logique de donnant-donnant.

Guillaume Abgrall, chargé du marketing au Soir, explique : "Admettons que Le Soir soit en train de signer avec une entreprise pharmaceutique un gros abonnement groupé, susceptible de rapporter plein d'argent. Au même moment, l'hebdomadaire Le Soir magazine publie une enquête qui dénonce les entreprises pharmaceutiques. Premièrement, les lecteurs ne seront pas vraiment satisfaits de la relation entre, d'un côté, la rédaction qui a pris cette décision et qui n'a pas prévenu les commerciaux, et de l'autre, les services qui s'occupent des partenariats. Et ensuite, ceux qui se chargent des partenariats se retrouvent entre deux feux, partagés entre les intérêts de l'entreprise pharmaceutique et les critiques du magazine à son encontre." Il faut savoir que la rédaction du journal Le Soir est complètement indépendante du reste de l'entreprise. Le rédacteur en chef ne peut pas être nommé par le directeur de l'entreprise. Il a une charte d'indépendance.

Modalités du système de dons

Dans la presse classique, dans les journaux d'information quotidienne et dans la presse hebdomadaire il y a une politique commerciale qui exploite les abonnements au maximum et offre des cadeaux pour attirer des lecteurs. Il y a un autre type de journaux d'opinion politique qui choisissent de ne pas avoir d'annonces publicitaires pour assurer leur indépendance. Ils ont une politique tarifaire en trois temps : des prix réduits sous conditions, pour étudiants et chômeurs (qui ne peuvent pas être inférieurs à 50%), le prix normal, et un abonnement de soutien pour lequel ils ne vont pas fixer de plafond.

Différents types de soutien

Pour des médias alternatifs comme Fakir et CQFD sur Marseille, les personnes font un effort en s'abonnant, puisque personne n'est sûr de recevoir tous les numéros payés, vu la longévité douteuse de ce type de média (Sine Hebdo, qui vend 37.000 exemplaires en temps de crise économique, perd chaque semaine de l'argent; ils sortiront donc encore quatre numéros et fermeront le 28 avril). Mais les gens vont clairement être d'accord pour payer plus parce qu'ils paient pour des informations différentes, ils paient pour cette indépendance.

De l' autre côté, en tout cas pour la France, tous ces journaux d'opinion politique, avec moins de 20% d'annonces publicitaires, ont des aides spécifiques à la presse, des aides publiques. La plupart des journaux en France sont financés par la politique des subventions, pour l'envoi postal et même pour l'impression. En plus, quand on fait un journal d'opinion, l'expédition ne coûte qu'entre 5 et 19 centimes de frais postaux. Il y a ainsi toute une panoplie de dons publics et étatiques qui permettent
l'existence d'une pluralité de médias. Guillaume Abgrall se rappelle que "quand il y a eu des problèmes dans le journal L'Humanité en France, tout le monde voulait le sauver parce que cela donnait une impression de pluralité des médias. Même la droite est sortie au secours de L'Humanité. L'Humanité reçoit 80% d'aide publique. Pour moi, quand on parle d'indépendance par rapport aux donateurs, on peut se poser la question, comme dans le cas du Soir où il y a de l'argent qui arrive des grandes entreprises, si ça peut poser des problèmes ou des conflits d'intérêts. Dans le cas français, par exemple, le problème est que la principale donation vient de l'Etat."

Il faut trouver de l'argent, mais comment?

Le quotidien Le Soir perd sans cesse de l'argent. Les revenus publicitaires ont dégringolé, tout simplement parce que les annonceurs ont moins d'argent ou moins de désir de faire de la publicité. Ils font alors de l'argent avec un portefeuille de produits. Ils ont un quotidien-phare, qui est Le Soir, et autour duquel ils développent d'autres choses : un magazine hebdomadaire, des cadeaux gratuits pour doper les ventes, des encyclopédies une fois par semaine ou un accord avec le National Geographic pour proposer des choses à collectionner chaque semaine, etc. Une autre manière de fonctionner est de vendre plus de produits, comme des DVD, pour essayer de gagner plus d'argent. La logique est : au lieu de chercher plus de lecteurs, on essaie de soutirer plus d'argent aux lecteurs.
Un bon exemple de soutien à un média est celui de Radio-Montreal au Canada, qui organise tous les ans un Radiothon où des musiciens sont invités. Les auditeurs font ainsi des donations qui permettent de continuer le fonctionnement de la radio et la création de nouveaux projets.

Joaldo DOMINGUEZ