Home Le journalisme citoyen est-il encore du journalisme? Journalisme citoyen centré sur le citoyen ?
Journalisme citoyen centré sur le citoyen ? PDF
Journalisme citoyen
Écrit par Nicolas Streel   
Dimanche, 07 Mars 2010 23:31

 

L'explosion de l'intervention du citoyen dans la création de l'information ramène encore un peu plus la focalisation des médias sur les citoyens. Leurs productions sont nombreuses et les relais de celles-ci, toujours plus présents.


Jean-Charles de Keyser, ancien rédacteur en chef de RTL-TVI, déclarait, en parlant de la politique rédactionnelle de la chaîne, que son “ objectif était que tous les Wallons et les Bruxellois passent au moins une fois au J.T. ”. On parle donc bien de journalisme centré sur le citoyen. Diverses initiatives existent pour rapprocher le créateur de la cible.

Retour vers le passé

Passage obligé du regard vers les temps passés.

"Tous journalistes", un slogan lancé il y a 41 ans lors de Mai 68. L'influence a été grande mais progressive. Jean-Paul Sartre s'en est inspiré lorsqu'il a lancé Libération dans les années 70 avec une doctrine originelle basée sur l'information du peuple par le peuple. Depuis, le journal a changé et se positionne plus à droite.

Participation citoyenne

Revenons sur RTL-TVI. On peut évoquer la demande d'obtenir des informations et images des téléspectateurs de la chaîne. Les témoins d'un fait envoient leurs vidéos ou images à la rédaction qui les vérifie et en fait la base d'un billet d'information ou enrichit ses propres images tournées a posteriori. Le message passait à la fin du journal télévisé. Par volonté de médiatisation, on peut courir le risque de voir des personnes créer l'évènement pour passer à la télévision, mais cela n'est qu'une éventualité de probabilité minime, évidemment.

 

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De bonnes images, il en est question lorsqu'on se souvient des sources des images significatives de la décennie par rapport aux grands faits d'actualité. Le tsunami ? Un touriste et son caméscope. Le World Trade Center ? Les frères Naudet réalisaient un reportage sur les pompiers de New York. Le cameraman a tourné son objectif sur la tour par réflexe et est devenu la source du premier acte de la catastrophe, des non-professionnels présents avant les pros.

Plus récemment, on note l'initiative de l'agence Belga de lancer fin 2009 ihavenews.be, un site où l'internaute est sollicité : “ Vous avez vu ou entendu quelque chose d’intéressant près de chez vous? Vous avez été témoin d’un événement qui dépasse le simple fait divers? Ne laissez pas cette info se perdre: envoyez-la sur ihavenews.be ”. Quelques problèmes au niveau de la fiabilité de l'information se posent. Belga a notamment annoncé le décès de la Reine Fabiola, alors que sa santé se portait aussi bien que la laque dans ses cheveux. Il y a donc un risque de distorsion de l'information par l'apport des citoyens dans certaines pratiques lorsque les journalistes oublient de vérifier leurs sources pour privilégier le scoop.
Au rang des médias participatifs, on peut voir aussi le site iStockphoto qui commercialise les photos des utilisateurs lambda pour les vendre aux agences de presse qui préfèrent le travail des amateurs à celui des professionnels, car ils se trouvent au bon endroit au bon moment et qu'ils coûtent beaucoup moins cher. L'information a néanmoins un prix dans certaines cultures, comme aux USA, et on se trouve ici dans un bon exemple de mercantilisme de l'info. Peut-on dés lors parler d'un journalisme citoyen ? Deviennent-ils des professionnels de l'information sitôt qu'ils vendent du contenu informatif aux médias ? La question reste en suspens.

En francophonie

Deux initiatives franco-centrées sont à prendre en compte lorsqu'on parle de citoyens journalistes.

 

* Rue89, le célèbre site d'information participatif, demande aux internautes d'envoyer des informations ou du contenu que les journalistes du site pourraient exploiter pour en faire un article. Le journaliste reste l'intermédiaire avant la publication du moindre contenu sur le site.

 

* Agoravox. Dans ce cas, nous assistons réellement à un site citoyen : ce sont les internautes qui écrivent les articles, (ou les recopient dans de nombreux cas). Il n'y a pas de distinction entre les utilisateurs : l'expert se trouve au même rang que le boucher d'un village du fin fond du Gers. Égalitaire et citoyen, certes, mais le public tend à oublier que ce sont de simples internautes sans qualifications particulières qui écrivent les sujets. Le manque d'esprit critique crée une confusion.

 


Toutes ces initiatives des médias classiques, impliquant le citoyen lambda dans la réalisation de l'actualité, tournent autour de la thématique du présumer. On produit et on consomme de l'information grâce aux avancées technologiques. Le web, les smart-phones et les appareils photos intégrés aux téléphones portables sont une bonne façon de participer à la médiatisation de notre quotidien et à la création de l'actualité.

Nicolas Streel