Home Influence du web 2.0 sur les pratiques journalistiques Le web 2.0 sonne-t-il le glas du photojournalisme?
Le web 2.0 sonne-t-il le glas du photojournalisme? PDF
Web 2.0 et pratiques journalistiques
Écrit par Marine Bardin   
Lundi, 15 Mars 2010 16:06

 

photojournaliste manifestantPour la première fois, le prix George Polk 2009 n’a pas été décerné à un journaliste professionnel, mais à l'auteur des images de l’agonie de Neda Agha-Soltan postée sur Youtube et diffusées dans le monde entier.

 

Le rapide développement du numérique a mis la photographie à la portée de tous et provoqué un énorme engouement. À l’heure actuelle, tout le monde est en mesure d’immortaliser un événement, quelle que soit sa portée. Le fait que des non-professionnels puissent ainsi témoigner de faits historiques ne constitue pas en soi une nouveauté. Ce qui change, c’est l’immédiateté de la diffusion de ces images grâce au web 2.0. La numérisation, tant des appareils que de la communication porte un sacré coup à la profession de photojournaliste. Désormais, la presse s’alimente de plus en plus auprès des non professionnels, pour un coût bien plus avantageux : un appareil photo coûtera toujours moins cher qu’un photographe. Aux Etats-Unis, Spy Media a créé la première bourse mondiale du photoreportage ouverte aux amateurs et aux professionnels. En Allemagne, le Bild Zeitung propose une prime à ses lecteurs, pour qu’ils s’équipent d’une caméra et envoient leurs enregistrements vers le site du journal.

Dans ces circonstances, il convient de (re)définir les enjeux et la pertinence de l’image de presse. La multiplication des potentiels auteurs permet une couverture des événements plus complète. Là où les équipes de journalistes ne peuvent aller, les « amateurs » prennent le relais. La catastrophe du tsunami illustre bien cette complémentarité. Mais la course à la rapidité a ses failles. L’affaire Neda Agha-Soltan l’a bien montré. Après s’être fait tirer dessus lors d’une manifestation contre le pouvoir en place, cette jeune iranienne est devenue la figure martyre de l’opposition au régime. Des inconnus ont filmé son agonie en pleine rue mais lorsqu’il a fallu mettre un nom sur son visage, ils ont eu recours à Facebook et se sont trompé de «Neda », entrainant ainsi une vague de désinformation à l’échelle internationale. C’est là que les professionnels deviennent indispensables. La photographie de presse, comme la dépêche, est porteuse d’information. Avant d’être publiée, l’une comme l’autre doivent être recoupées, vérifiées et mises en perspective. Le risque de tomber dans un journalisme sensationnaliste, uniquement basé sur l’image, au détriment de l’explication rationnelle, demeure. Par ailleurs, certains condamnent le fait que l’image de presse abandonne parfois le domaine de l’information pour se cantonner à celui de l’illustration.

Ce qui arrive aujourd’hui au photojournalisme avec le numérique, c’est un peu ce qui était arrivé à la peinture, avec l’arrivée de la photographie au XIXème siècle: une petite révolution. Aucune des disciplines ne sonne le glas de celle qui la précède ; l’adaptation permet l’évolution. Il faut toutefois veiller à ce que cela ne résonne pas comme une « confusion » des disciplines comme le ‘multitasking ‘ l’implique. Ce concept est en effet de plus en plus invoqué. En Flandre, le groupe Corelio a annoncé que tous ses correspondants devraient désormais fournir des photos. Les photographes doivent donc accompagner leurs images d’un texte, et les correspondants « texte », s’équiper à leurs frais et envoyer plusieurs photos pour chaque papier. Or écrire et photographier relèvent de qualifications bien distinctes, et il ne suffit pas qu’une photo soit nette pour qu’elle soit bonne. Aujourd’hui, la photo de sport reste l’apanage des professionnels, uniquement car elle exige une plus grande maîtrise technique et un matériel spécifique. « L’adaptation », ce serait donc plutôt une distinction claire entre photographie numérique, instantanée ou presque et photographie d’auteur moins dépendante du facteur « temps ». Les sites du journal « Le Monde » ou de « Médecins sans Frontières » proposent ainsi des reportages photos tout à fait remarquables. Parce qu’ils sont diffusés sur Internet, ils permettent au plus grand nombre de les visionner (et leur qualité professionnelle ne fait aucun doute).

Aujourd’hui, les photojournalistes sont obligés de cumuler plusieurs activités, mais en Belgique les professionnels ne sont pas autorisés à pratiquer une activité commerciale (loi de 1963 sur le statut de journaliste professionnel). La reconversion doit-elle donc être envisagée ? Aujourd’hui un nouvel usage de l’image a vu le jour sur les sites des journaux : la vidéo courte et très rapidement disponible en ligne. Certains photographes sont ainsi devenus des « acteurs multimédia » et ont du apprendre à filmer, monter et mettre en ligne. Reste à savoir ce que les cameramen pensent de cette nouvelle arrivée de professionnels armés de caméras miniatures...

 


Marine BARDIN