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Web 2.0 et pratiques journalistiques
Écrit par Didier Goussey   
Lundi, 15 Mars 2010 20:51

 

Il suffit de faire un petit tour sur quelques sites d'information pour se rendre compte que les nouvelles proposées sont souvent les mêmes. Aussi bien les mots utilisés que l'info donnée. Car souvent, les médias ne font qu'un copier/coller des dépêches glanées sur les différents sites d'agences de presse.

 

J'ai fait une petite expérience. Dimanche dernier, a eu lieu le grand prix de formule 1 du Barhein. Faisons un petit tour de l'info proposé juste après la fin de la course. Edifiant, autant le site du Soir, que celui de La Libre, de la DH et de Vers l'avenir reprennent mot pour mot la dépèche de Belga/AFP. On note cependant un agencement différent des paragraphes d'un site à l'autre. Avec mention "spécial" pour Le Soir qui rajoute un chapeau et modifie les mots de la dernière phrase pour faire authentique... Pour cette info, on remarque qu'un seul site de journaux francophones à mit un article propre. Celui de Sudpresse. Ce n'est que quelques heures après que les médias rajouteront quelques infos supplémentaires...

 

Qu'est ce qui pousse nos journalistes à se manque flagrant de professionnalisme? Un manque de temps ? Le besoin d'aller toujours plus vite dans la course à l'infos ? Les médias devraient pourtant tenir compte du fait que le public a plus que jamais la possibilité de comparer l'offre qui lui est présentée.

 

charnier de TimisoaraSi les médias relayaient déjà des informations erronées avant l'apparition d'internet - on pense notamment au célèbre charnier de Timisoara -  depuis la naissance du web et encore plus depuis de celle du web 2.0, les intox médiatiques se sont rapidement multipliées. L'une des raisons est que le journaliste a vu sa charge de travail augmenter avec le net. En effet, la masse d'informations qu'on y trouve est considérable, et demande au journaliste énormément de temps pour l'analyser et la recouper, ce qu'il n'a pas. Puis, il y a des cas particuliers, comme dans les pays où l'information est bridée, censurée. Où, internet est le seul vecteur pour faire connaître au reste du monde ce qui s'y passe. Combien de reportages télé ne nous ont pas déjà montré des images volées par gsm dans une manifestation Iranienne...?

 

En Palestine, c'est pareil. Pas mal d'images parviennent aux rédactions via la toile. Faites un tour sur youtube ou dailymotion pour vous en convaincre. Une vidéo trouvée sur le site de partage français, est justement à la source d'une intox de la part de France 2. La chaîne a diffusé dans son journal de 13h, une vidéo sur les bombardements de la bande de Gaza par Israël. Malheureusement, quelques dizaine de seconde dans cette séquence, appartenaient en fait à des images de guerre datant de 2005. Saluons, toute fois, l'honnêteté de la télévision publique, car sinon, qui d'entre nous aurait découvert le subterfuge ?

 

Par paresse, nombre de journalistes se contentent d'informations trouvé sur le net, sans bouger de leur fauteuil pour la vérifier. Le reporter va à la pèche à la l'info sur la toile, plus besoin d'aller sur le terrain. Et même s'il veut bien faire, le journaliste n'a parfois plus le temps de se rendre sur place. Et quand il s'y rend, à son retour, sa rédaction lui demande, souvent, de rédiger, vite fait, un premier article destiné au site, sans même avoir eu le temps d'analyser l'information qu'il vient de récolter.

 

Le Web 2.0 reste un outil formidable pour le journaliste. Jamais, il aura eu accès à une tel source d'informations mais plus que jamais son professionnalisme est de mise. Ce que l'on attend d'un journaliste, c'est-à-dire, sa capacité d'analyse, de recoupement, de hiérarchisation, n'auront jamais été aussi nécessaire qu'à l'heure du monde interconnecté.


Didier Goussey