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Billet d'humeur : Le journaliste d'aujourd'hui devra-t-il devenir Shiva ? PDF
"Multiple médias" et journalistes à tout faire
Écrit par Pauline Vande Vijver   
Dimanche, 21 Mars 2010 20:51

 

 

6h, le réveil sonne. Je commence mon premier jour de travail en tant que journaliste. Je m’habille, me voilà fin prête à attaquer ma journée. 8h, je me rends à la salle de rédaction du journal X. A peine arrivée voilà que l'on m'assigne un sujet, le rédacteur en chef m’impose déjà de prendre un appareil photo numérique. Évidemment, j’ai déjà utilisé ce type d’appareil mais seulement en vacances et en plus,  je n’ai jamais réussi à faire une seule photo correcte. Je ne peux m’empêcher de lui dire que l’utilisation de ce genre d'appareil nécessite un minimum de professionnalisme, photographe est tout de même un métier... Mon rédacteur en chef rétorque que c’est juste pour prendre une petite photo et que si elle est mauvaise, le journal ne l’utilisera pas. Dans ce cas, que voulez-vous dire ? La journée commence donc bien, j’ai déjà deux pressions supplémentaires : premièrement, je dois écrire un bon papier, deuxièmement enregistrer les interviews et troisièmement, photographier mes interviewés...
Je me retrouve face à un téléphone à rechercher au moins deux contacts pour mon papier. Après de multiples refus, des « une interview pour aujourd’hui ? Mais vous vous y prenez tard ! » et des « je n’ai pas de temps à vous accorder », je trouve enfin deux personnes dont une qui n’a que 30 minutes à me consacrer. Je vais devoir poser les bonnes questions rapidement et me dépêcher à photographier ladite personne. Les bras chargés de mon micro, de l’appareil photo et de mon téléphone, je saute dans un tram direction mon premier intervenant. Les politiciens n’arrêtent pas de vanter les mérites des transports en commun mais on voit bien qu’ils ne les utilisent  jamais surtout avec autant de matériel audiovisuel… Je ne peux pas m’empêcher de penser qu’à force de courir ainsi, je risque de perdre mon micro ou le fameux appareil photo.   
J’arrive enfin à destination. L’intervenant a l’air étonné de me voir avec tant d’appareillage pour moi toute seule, je sais, quelle chance n’est-ce pas ? De plus mon appareil numérique d'amateur n'a pas vraiment impressionné mon intervenant. Je récite bêtement ce que le rédacteur en chef m’a dit ce matin : « C’est fou tout ce qu’on peut faire avec ces petites choses là, hein ? ». Il n’a pas l’air très convaincu par mon petit discours, il faut avouer que moi non plus. Je me dépêche de faire cette photo vite fait bien fait (ou pas… c’est selon). Je remballe mon matériel et repars vers mon second interviewé. Il est déjà 14h et je dois encore rentrer à la rédaction du journal afin d’écrire mon papier. Je remarque qu’il est vraiment difficile de prêter attention au bon fonctionnement de tous ces appareils audiovisuels et en même de tenter d’obtenir des réponses pertinentes aux questions (qu’on n’a pas toujours eu le temps de bien préparer…). On ne peut vraiment s’empêcher de garder un œil sur le bouton rouge indiquant que l’appareil fonctionne. Problème que l'on ne rencontre pas souvent lorsqu'on n'est armé que d'un stylo et d'une feuille de papier... La technologie a fait énormément de progrès mais on n'est jamais à l’abri d’une panne de piles. Et si en plus, il faut toujours prendre des piles de sécurité, franchement, je crains d’y perdre la tête. 
Enfin, je reviens à la salle de rédaction, je m’installe devant un ordinateur et commence à écrire avec toute ma passion de jeune journaliste. Je choisis avec soin chacun de mes mots mais je ne me rends pas compte que je dois encore transférer mes photographies et mes interviews enregistrés sur mon micro. Et ce n’est pas terminé, il faut que j’écrive un article pour le site internet du journal. Évidemment l’écriture n’est pas exactement la même et je ne dois pas raconter toutes les informations que j’ai réussi à glaner durant mon périple. Je dois écrire des phrases courtes, aller à l’essentiel et j’aimerais tellement en dire sur le sujet… Heureusement, il existe le dictionnaire des synonymes!
Après des heures d’énervements et d’aspirines, mon article est fin prêt. J’ai mis en ligne mon interview (si, si, c’est possible pour quelqu’un pour qui l’informatique demeure un domaine impénétrable). En ce qui concerne la fameuse photo qui est pratiquement floue, elle sera bien utilisée pour donner un côté illustratif à l’article sur internet. 
Et demain une autre journée commence et je me demande ce que le rédacteur en chef va encore trouver… Lorsque j’ai choisi de devenir journaliste, je pensais que mon futur métier ne consisterait qu'à trouver les mots justes pour décrire un événement donné ou une situation particulière. Mais je vois que le métier demande encore plus : être capable d’utiliser chaque nouvel appareillage technologique apparaissant sur le marché pour offrir au public plus d’interactivité… Pourtant savoir faire plusieurs choses en même temps ne signifie pas qu’on peut toutes les faire avec autant de facilité. On ne peut tout réussir avec la même aisance. Il y aura toujours quelque chose qu’on saura mieux réaliser qu’une autre. C’est ce qui nous distingue les uns des autres. Et si je veux avoir une chance de tout bien faire, je ne peux m’empêcher de me dire qu’une opération me serait nécessaire pour avoir au moins un troisième bras ou mieux de devenir comme la déesse Shivah avec ses huit bras, ça me serait tellement pratique… Ou peut-être que prochainement tous les journalistes auront un casque sur la tête  muni d'une caméra ainsi ils seront capables de filmer, d'enregistrer et de réaliser l’interview et ceci simultanément. Ce n’est pas génial, la technologie ?